A l'heure où l'on commémore assez outrageusement le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, je suis en train de devenir furieusement ostalgique.
Non que je sois nostalgique d'un mur séparant des familles et des répressions terribles dont ont pu être victimes les Allemands de l'Est comme d'autres peuples plus à l'Est.
Non que je sois communiste.
Non parce que je ne peux m'empêcher d'être pris d'une étrange mélancolie au visionnage de cet excellentissime film auquel je fais référence ci-dessus.
Non. C'est juste que je n'en peux vraiment plus de tous ces hypocrites à cravates, gens-bien-comme-il-faut, affairistes et jouisseurs sans entraves, qui essaient de nous faire gober l'idée selon laquelle la chute du mur de Berlin aurait été la victoire de la liberté sur la barbarie, de la démocratie sur la dictature, de la paix sur la guerre, en somme du bien sur le mal. Et que le 9 novembre 1989, donc, aurait été le début d'une période de bonheur sans fin pour les peuples de l'Europe enfin unis.
Quand on voit à quoi ressemble l'Europe actuellement, avec sa "concurrence libre et non faussée" et son cortège de misère et de chômage de masse, son règne de l'argent et du chacun pour soi, sa démocratie de façade, ses atteintes aux libertés, sa complaisance avec les ethnismes et l'intégrisme religieux et son soutien aux guerres impérialistes américaines, je me dis que nous sommes bien loin de tout cela. Et qu'il n'y a certainement pas lieu, pour ses dirigeants, de faire dans l'auto-congratulation et de diaboliser à ce point le temps du Mur et le communisme. Les "démocraties populaires" avaient évidemment beaucoup de défauts, mais on ne peut leur retirer leur souci d'égalité et de solidarité, leur souci d'émanciper l'homme de l'argent et de donner à chacun une place. Soucis qui, assimilés à une volonté de retour à la Stasi et au Goulag, n'existent guère plus aujourd'hui, au temps béni du marché triomphant...
Et ce "good bye" à Lénine qu'ils lancent, l'on ne m'empêchera pas de penser que c'est aussi, quelque part, un "good bye" envoyé à Rousseau, Robespierre et Jaurès et à tous leurs idéaux. Un "good bye" que je ne pourrai jamais accepté.
