« Ici, sous le soleil de juin 93 qui chauffe votre âpre bataille, je suis avec Robespierre et c'est à côté de lui que je vais m'asseoir aux Jacobins. Oui je suis avec lui parce qu'il a, à ce moment, toute l'ampleur de la Révolution » Jean Jaurès
Le 28 juillet 1794 (10 Thermidor an II), Maximilien Robespierre, qui incarnait la tendance la plus progressiste de la Révolution, était guillotiné.
La veille, sans le moindre jugement, victime de la calomnie de conspirateurs hétéroclites au sein de la Convention – anciens hébertistes et dantonistes avides de vengeance, « terroristes » sanctionnés ou menacés de sanctions par Robespierre pour leurs excès et leur cruauté, bourgeois hostiles aux avancées démocratiques et sociales -, il avait été décrété hors-la-loi et condamné à mourir sur l'échafaud. Sort que connaitront aussi, les jours suivants, cent quatre de ses partisans.
Ces conspirateurs – les « thermidoriens » - l'accusèrent de se comporter en tyran et le chargèrent de tous les crimes de la Terreur.
Rien n'était pourtant plus faux.
Robespierre, s'il avait une autorité morale incontestable, n'a jamais été rien de plus qu'un membre du Comité de Salut Public, l'organe exécutif d'alors de la République, dont la composition et la politique étaient soumises chaque mois à la confiance de la Convention nationale, l'organe législatif. Profondément démocrate, légaliste et soucieux des prérogatives parlementaires, à aucun moment il ne voulut troubler cet équilibre, même lorsqu'est décrété son arrestation, à laquelle il pourrait échapper grâce à l'appui de la sans-culotterie parisienne. Drôle de « dictateur », d'ailleurs, qui chaque soir rentrait chez lui à pied, sans escorte...
Pour ce qui est de la Terreur, si Robespierre en a approuvé le principe – il la juge nécessaire pour sauver les acquis de la Révolution, au moment où la France est menacée par des armées de toute l'Europe et par des insurrections à l'intérieur -, il en a toujours rejeté les excès. Et a toujours tout fait ce qui était en son pouvoir pour les stopper. C'est ainsi, notamment, qu'il réclama les rappels à Paris des abominables Carrier et Fouché. C'est ainsi, notamment, qu'il obtint que soixante-treize députés girondins n'aillent pas à l'échafaud.
Cette image épouvantable de Robespierre en dictateur sanguinaire, qui ne survit pourtant pas à la moindre analyse historique sérieuse, est pourtant celle qui reste, deux siècles après. Une image que des historiens, surfant sur la vague thermidorienne et contre-révolutionnaire, ont réussi à édifier en vérité historique, et à perpétuer jusqu'aux classes d'école...
Et pourtant, à qui connaît son Histoire et sait reconnaître ce qu'il doit aux sacrifices de ses ancêtres, à qui la République est un idéal et un combat, Robespierre force le respect et l'admiration.
A tout républicain sincère, épris de progrès, Robespierre est plus qu'une référence. C'est un père fondateur.
Robespierre, père fondateur de notre République. République qu'il définira et réussira à imposer comme « une et indivisible ».
Robespierre, le démocrate qui lutte contre le suffrage censitaire et pour l'avènement du suffrage universel, et qui finit par l'obtenir en 1792. Robespierre, le démocrate qui agit pour la rédaction de la Constitution de 1793, première constitution républicaine de notre pays, et sans aucun doute la plus démocratique de toutes.
Robespierre, l'indéfectible combattant de la Liberté et de l'Egalité, qui, dès 1789, se fait l'avocat de tous les opprimés et réclame et finit par obtenir l'émancipation des Juifs et des protestants. Robespierre, l'humaniste, qui réclame et obtient aussi l'émancipation des Noirs et l'abolition de l'esclavage dans les colonies.
Robespierre, le pacifiste universaliste, qui se prononce en 1792, à contre-courant de la classe politique, contre la guerre et le militarisme.
Robespierre, le premier responsable politique à se prononcer pour l'abolition de la peine de mort.
Robespierre, père de l'Education nationale, prônant bien avant Ferry l'édification d'un enseignement publique « laïque et obligatoire ».
Robespierre, l'ami du peuple et des plus faibles, l'épris de justice, le héraut de la Fraternité qui, en 1793, jette déjà les bases d'une République sociale et de ce qui sera le « modèle social français ». Réclamant et obtenant que la solidarité et l'assistance à l'égard des plus déshérités soit érigé en devoir social. Réclamant et obtenant l'établissement du droit au travail et l'organisation d'une « bienfaisance nationale », comprenant notamment l'assistance médicale gratuite et des pensions d'infirmité et de vieillesse. Agissant, soucieux de l'intérêt général, pour l'instauration du « maximum » des prix, première tentative d'économie dirigée. Agissant, plus symboliquement, pour que la devise « Liberté, Egalité » soit complétée par « Fraternité », devise qui a toujours cours aujourd'hui.
Robespierre, l'extraordinaire homme d'Etat, qui, par son action courageuse au Comité de Salut Public, contribue à sauver, en juillet 1794, la Révolution et la France d'une situation extrêmement périlleuse.
Robespierre, le mystique, le romantique, l'ascète, le révolutionnaire à l'intégrité et à la droiture reconnues, qui lui valent de rester encore, deux siècles plus tard, dans le c½ur et dans la mémoire des hommes comme « l'Incorruptible ». Et salué à ce titre par tant de patriotes et de républicains, notamment Jean Jaurès, s'il fallait n'en retenir qu'un.
Robespierre, dont la mort, le 28 juillet 1794, sonne le glas de la Révolution et de la toute première tentative de République démocratique, égalitaire et sociale.
Une République démocratique, égalitaire et sociale qui reste toujours aujourd'hui un combat, et dont la figure tutélaire de Robespierre nous montre à jamais le chemin.
